AC 2.1: Comment les petites entreprises peuvent construire un plan d’action climatique robuste ?

Modifié le  Mar, 25 Août à 11:24 H

Sommaire


Ces dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Les communautés et la nature subissent déjà les effets néfastes généralisés du changement climatique, des phénomènes météorologiques extrêmes et de l’élévation du niveau de la mer, les communautés vulnérables étant touchées de manière disproportionnée. Les efforts actuels sont insuffisants, notre marge de manœuvre et la fenêtre d’opportunité se réduisent. Le monde du vivant ne peut plus attendre ni supporter de nouvelles actions relevant du greenwashing. : nous devons agir dès maintenant.

Afin de contribuer à l’objectif mondial visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, les standards de B Lab V2 demandent aux entreprises de prendre des mesures en faveur du climat. Les exigences diffèrent selon la taille des entreprises, en fonction de leurs ressources respectives.

Pour atteindre la sous-exigence AC 2.1 des standards de B Lab, les plus petites entreprises doivent publier un plan d’action climatique comprenant des objectifs limités dans le temps et les mesures clés pour les atteindre. Ce plan doit être clair, accessible au public et aligné sur les processus de pilotage et de prise de décision de l’entreprise.

Qu’est-ce qu’un plan d’action climatique ?

Un plan d’action climatique décrit comment une entreprise va réduire ses émissions et atteindre ses objectifs climatiques. B Lab adopte une approche pragmatique pour l’exigence AC 2 : bien que la mesure précise et vérifiée des GES soit la référence absolue, l’exiger d’emblée imposerait une charge disproportionnée aux petites entreprises. La plupart d’entre elles ont déjà une idée précise de l’origine de leurs principales émissions et peuvent commencer à prendre des mesures concrètes avant même que leur inventaire des GES ne soit parfait.

La sous-exigence AC 2.1 met donc l’accent sur des objectifs de mesures d’atténuation des GES plutôt que d’imposer des objectifs spécifiques de réduction des GES. Ces objectifs doivent être spécifiques, mesurables, réalisables, pertinents et limités dans le temps (SMART). Ils doivent cibler directement les sources d’émissions les plus importantes de l’entreprise, même en l’absence de mesures formelles. Les entreprises qui disposent des moyens de mesurer et de vérifier leurs émissions sont encouragées à fixer des objectifs de GES en conséquence.

Un plan d’action climatique solide doit inclure, de manière proportionnée à la taille et au contexte de l’entreprise : 

  • Des objectifs clairs et limités dans le temps,

  • Les principales sources d’émissions prises en compte,

  • Des actions concrètes pour réduire les émissions,

  • Les responsabilités internes ou les équipes impliquées, et

  • Une approche permettant de suivre les progrès au fil du temps.

Une stratégie climatique réussie nécessite une amélioration continue et une responsabilisation. C’est pourquoi les standards du B Lab exigent que la plus haute instance de direction de l’entreprise approuve et supervise le plan d’action climatique, et en contrôle l’efficacité.

Étape par étape : élaborer un plan d’action climatique

  1. Identifier les principales sources d’émissions au sein des opérations et de la chaîne de valeur de l’entreprise.

    1. Vous n’êtes pas tenu de réaliser un inventaire des GES – toutefois, si votre entreprise en a les moyens, cela est recommandé. Quoi qu’il en soit, de nombreuses petites et moyennes entreprises (PME) ont déjà une bonne idée de leurs principales sources d’émissions. Si ce n’est pas votre cas, vous pouvez vous appuyer sur :

      1. Des calculateurs de carbone gratuits et accessibles au public, comme celui du SME Climate Hub (disponible en anglais, espagnol, arabe, français, portugais et suédois)

      2. Déterminez si les scopes 1, 2 ou 3 sont les plus pertinents pour vous. Pour la plupart des petites entreprises, les catégories d’émissions suivantes peuvent être les plus pertinentes :

  • Électricité achetée (scope 2)

  • Déplacements professionnels (scope 3 – catégorie 6)

  • Déplacements domicile-travail des employés (scope 3 – catégorie 7)

  • Biens et services achetés (scope 3 – catégorie 1)

  • Élimination des déchets (scope 3 – Catégorie 5)

  • La banque auprès de laquelle l’entreprise gère ses comptes et les fonds de retraite de ses employés (faisant partie du scope 3 – Catégorie 15)

  1. Pour B Lab, inclure dans votre plan un engagement à contribuer l’ambition mondiale de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.

    1. Vos actions et vos objectifs (même s’ils ne concernent pas les GES) démontrent votre contribution à l’objectif mondial.

  2. Définir des objectifs de performance spécifiques, mesurables, réalisables, pertinents et limités dans le temps (SMART).

    1. Si vous disposez déjà d’un inventaire (vérifié) des GES, envisagez de fixer des objectifs alignés sur les connaissances scientifiques afin d’apporter encore plus de rigueur à votre plan d’action climatique.

  3. Définir des actions spécifiques pour atteindre les objectifs proposés. 

Dans des domaines tels que :

  • Énergie : passez aux sources renouvelables, produisez de l’énergie sur site, remplacez les combustibles à fortes émissions et réduisez votre consommation globale.

  • Fournisseurs : privilégiez les fournisseurs dotés d’une stratégie climatique et faisant preuve de transparence en matière d’émissions ; approvisionnez-vous localement lorsque cela permet de réduire les émissions nettes.

  • Transport et logistique : optez pour des modes de transport moins émetteurs (par exemple, le transport maritime plutôt que le fret aérien), optimisez les itinéraires de distribution et mettez en œuvre des mesures de recyclage.

  • Méthodes de travail : facilitez le télétravail, encouragez l’utilisation des transports en commun et du vélo, réduisez les déplacements professionnels au profit de la visioconférence et organisez des horaires de travail compactés pour réduire les trajets domicile-travail.

  • Produits et modèles économiques : repensez vos produits pour réduire les émissions tout au long de leur cycle de vie, développez des offres à faibles émissions ou zéro émission, et soutenez les pratiques de l’économie circulaire telles que la réparation, la réutilisation et le recyclage.

  • Finance : alignez les investissements, les actifs et les fonds de retraite sur le plan d’action climatique ; investissez dans des projets de réduction et d’élimination carbone.

Consultez des ressources telles que :


  1. Allouer des ressources humaines, techniques, matérielles et financières pour la mise en œuvre.

  2. Décrire comment l’entreprise collaborera avec les parties prenantes.

  3. Planifier les actions en fonction de leur priorité et de leur faisabilité à court, moyen et long-terme.

  4. Faire approuver le plan d’action climatique par le plus haut organe de direction de l’entreprise (conseil d’administration, PDG ou direction générale).

  5. Publier le plan d’action climatique sur un site internet ou tout autre moyen accessible aux parties prenantes (rapport annuel, rapport de développement durable, brochures numériques ou imprimées, partage avec des organisations locales, etc.). Le plan d’action climatique doit être accessible au public ou facilement accessible aux parties prenantes externes.

  6. Mettre en œuvre, suivre et rendre compte des progrès

  • Évaluer les progrès réalisés par rapport aux objectifs et aux indicateurs de performance, et rendre compte publiquement des progrès et des mesures mises en place (AC 3.6).

  • Mettre à jour le plan d’action tous les trois ans.

Exemple de plan d’action climatique

Cette étude de cas s’appuie sur une petite entreprise fictive. 

GreenGreen Farms s’engage à soutenir l’effort mondial visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, conformément à l’Accord de Paris et aux dernières données scientifiques sur le climat. En tant que petite entreprise agricole, nous reconnaissons à la fois notre responsabilité et l’opportunité qui nous est offerte de contribuer à un avenir plus sain et plus durable. Ce plan présente notre feuille de route visant à réduire de manière significative nos émissions de gaz à effet de serre (GES) et à renforcer notre résilience climatique.


Objectif 

Action immédiate (dans les 12 prochains mois)

Ressources 

Responsable

1. Passer à une électricité 100 % renouvelable d’ici 2030 

Réaliser une étude de faisabilité sur les options locales d’électricité renouvelable et d’installation de panneaux solaires, y compris une analyse des coûts et des conditions contractuelles, et élaborer un plan de mise en œuvre par étapes d’ici le deuxième trimestre 2026.

Implication des parties prenantes : Examiner les rapports d’impact des fournisseurs potentiels ainsi que les évaluations environnementales réalisées par des tiers concernant ces derniers, et intégrer l’impact environnemental dans la prise de décision.

Responsable de la logistique et des opérations (5 % ETP du 1er trimestre 2025 au 2e trimestre 2026)

Budget consulting : 15 000 $ pour l’étude de faisabilité et la modélisation financière (consultant externe en énergie ou fournisseur de systèmes solaires)

Accès aux données : rapports de consommation des services publics des deux dernières années

Directeur·ice des opérations


2. Atteindre l’objectif « Aucun déchet en décharge » d’ici 2032 et réduire les déchets de 30 % par rapport à l’année de référence de 2022 d’ici 2030. 

Lancer un programme « Waste Champions » dans chaque service et réaliser un audit des déchets afin d’identifier les trois principaux flux de déchets et les principaux défis en matière de réduction. 

Rendre compte des conclusions et fixer des objectifs de réduction au niveau des services d’ici juin 2026.

Implication des parties prenantes : Organiser des groupes de discussion pour comprendre l’impact des efforts de réduction des déchets sur le bien-être, la santé et la sécurité des salarié·es.

Département « Waste Champions » : 1 à 2 heures par semaine et par personne à partir du 1er trimestre 2025

Budget dédié à l’implication des salarié·es : 5 000 $ pour la formation interne, la signalétique et les mesures incitatives

Gestion de la communauté des « Waste Champions » : coordinateur·ice du développement durable (25 % ETP)

Budget d’amélioration : 10 000 à 15 000 $ par an


Directeur·ice des opérations


3. D’ici le 4e trimestre 2026, identifier les principaux axes de transport qui recourent actuellement au fret aérien afin de passer à la livraison par train ou par véhicule électrique, et faire évoluer trois d’entre eux vers de nouveaux contrats ou des projets pilotes avec des prestataires logistiques à faibles émissions. 

Réaliser une étude sur les émissions de gaz à effet de serre des principaux axes de transport. 

Sur la base des résultats, rechercher et proposer des alternatives à faibles émissions d’ici la fin du 2e trimestre 2026. 

Explorer des options de projets pilotes avec des prestataires logistiques à faibles émissions.

Implication des parties prenantes : Dans la mesure du possible, soutenir les programmes existants de réduction des émissions des fournisseurs et leurs transitions afin de favoriser la transition juste.

Manager de la logistique et des opérations (5 % ETP du 1er trimestre 2025 au 2e trimestre 2026)

Budget d’amélioration des opérations : 10 000 $ pour l’analyse des émissions, les essais pilotes de transport et les contrats avec les prestataires

Directeur·ice des opérations


4. Adopter des pratiques agricoles régénératives d’ici 2035.

Réaliser une évaluation de référence de la santé des sols et de la biodiversité sur toutes les exploitations agricoles détenues d’ici le deuxième trimestre 2026. 

Identifier et hiérarchiser deux sites agricoles pilotes (en fonction de leur taille, de l’état des sols ou du type de culture) pour commencer à tester des pratiques régénératives d’ici la fin de l’année 2026.

Établir des partenariats avec des agronomes locaux ou des instituts de recherche pour former les responsables d’exploitation et les équipes agronomiques d’ici le quatrième trimestre 2026.

Implication des parties prenantes : Mettre en place un processus favorisant la prise de décisions optimales pour l’environnement. Cela inclut le recours à des études environnementales menées par des tiers et l’organisation de groupes de discussion avec les collaborateur·ices. 

Identifier les opportunités de collaboration avec les services locaux de vulgarisation agricole pour bénéficier de conseils techniques et de possibilités de subventions.

Responsables d’exploitation (5 à 10 % ETP par site, 2025–2026)

Agronomes externes/partenaires universitaires : 15 000 $ pour les évaluations et la formation

Subvention pour l’agriculture régénérative : destinée à couvrir les frais de consulting et de formation

Outils d’analyse des sols : kits ou services de laboratoire (5 000 $ à 10 000 $)

Budget de déplacement et de coordination : 3 000 $ pour les visites de sites et l’engagement des partenaires

Responsable agricole


Gouvernance et validation : Ce plan a été officiellement examiné et approuvé par l’équipe de direction de GreenGreen Farms le 15 août 2024. Les progrès réalisés par rapport à ce plan sont examinés chaque trimestre par notre équipe de direction et mis à jour chaque année dans notre rapport d’impact public (disponible sur notre site internet).

Pourquoi est-ce important pour la certification B Corp ?

Disposer d’un plan d’action climatique conforme à la sous-exigence AC 2.1 est essentiel pour démontrer que les engagements de l’entreprise ne sont pas de simples déclarations d’intention, mais une stratégie opérationnelle viable. Cette exigence assure l’existence d’une gouvernance climatique en demandant l’approbation formelle de la plus haute instance de direction et garantit la faisabilité technique grâce à l’allocation explicite de ressources financières et humaines. Elle garantit également que l’entreprise reste alignée avec les connaissances scientifiques en exigeant que le plan soit mis à jour tous les 36 mois, ce qui atténue les risques de « greenwashing » et renforce la transparence vis-à-vis des parties prenantes.

Au-delà du plan

Les entreprises sont encouragées à prendre des mesures supplémentaires en faveur de l’équité et pour contribuer à accélérer les progrès vers l’objectif mondial de réduction. Cela peut inclure : mener des actions de plaidoyer en faveur du climat au niveau national ou international afin de promouvoir des politiques climatiques rigoureuses et alignées avec les connaissances scientifiques.

  • Garantir la transition juste au sein du plan d’action climatique : identifier les parties prenantes concernées par votre plan d’action climatique, qui sont susceptibles d’être affectées positivement ou négativement, ainsi que celles qui sont les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Impliquez-les et intégrez des mesures à leur égard dans votre plan.

  • S’attaquer aux émissions actuelles : tout en vous attaquant à vos propres émissions, pour accélérer la réduction mondiale des émissions, vous pourriez investir dans :

    • Le soutien à l’élimination des émissions de GES au sein ou en dehors de la chaîne de valeur de l’entreprise.

    • Acheter des crédits carbone à haute intégrité. Ces mécanismes peuvent apporter un soutien financier pour aider à décarboner les économies du Sud Global (voir également « Atténuation des émissions au-delà de la chaîne de valeur » dans les ressources pour la mise en œuvre pour AC 2 dans votre plateforme B Impact). Notez que l’achat de crédits carbone ne remplace pas la réduction des émissions de GES de votre entreprise.

  • Aider les autres à réduire leurs émissions.

    • Identifier les opportunités au sein de votre modèle d’affaires pour développer des produits et services de solutions climatiques permettant à d’autres de réduire leurs émissions de GES ;

    • Aider vos fournisseurs ou d’autres partenaires de la chaîne de valeur en leur apportant un renforcement des capacités ou des outils pour réduire leurs émissions.

    • Soutenir d’autres projets d’atténuation du changement climatique en dehors de la chaîne de valeur de votre entreprise.

    • Financer des organisations de la société civile et des associations locales œuvrant à l’atténuation du changement climatique, et soutenir la recherche et le développement de nouvelles méthodes d’élimination du carbone.


Note importante : Les informations contenues dans cet article ne font pas partie des standards du B Lab et doivent être utilisées à titre informatif uniquement. Elles ne garantissent pas un résultat d’audit favorable. Toutes les décisions d’audit finales sont prises de manière indépendante par les organismes vérificateurs tiers indépendants qui travaillent avec B Lab. B Lab décline toute responsabilité quant aux actions, décisions ou omissions de ces prestataires indépendants.

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