GEC 1.5 : Comment évaluer les impacts de vos sites sur la biodiversité

Modifié le  Ven, 23 Oct. à 10:47 H


Sommaire


Introduction

La biodiversité désigne la diversité de toute forme de vie dans les écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce. Elle est essentielle au maintien de la vie sur Terre et facilite des processus vitaux tels que la pollinisation, la santé des sols et la purification de l’eau. Pourtant, les populations d’animaux sauvages ont diminué de 73 % depuis 1970, et la perte de biodiversité est désormais considérée comme l’un des principaux risques mondiaux de la décennie à venir (WWF, 2024 ; WEF, 2020). Les entreprises dépendent de la nature et ont un impact sur celle-ci ; il est donc essentiel de comprendre en quoi leurs opérations peuvent contribuer à des dommages écologiques.

La sous-exigence GEC 1.5 des standards de B Lab répond à cette urgence en exigeant des entreprises qu’elles déterminent si leurs sites ou infrastructures sont situés dans ou à proximité de zones écologiquement sensibles, et qu’elles évaluent si leurs opérations ont un impact négatif sur ces zones. Cela permet de garantir que les entreprises gèrent de manière proactive les risques liés à la biodiversité et réduisent leur impact sur les écosystèmes vulnérables.

Comment évaluer l’impact de vos sites sur la biodiversité

Pour évaluer l’impact des sites d’une entreprise sur la biodiversité, B Lab recommande de suivre une approche fondée sur la méthodologie LEAP de la TNFD — le même cadre de référence que celui mentionné dans GEC 1.7 pour évaluer les impacts environnementaux négatifs réels et potentiels à travers l’ensemble des activités et de la chaîne de valeur d’une entreprise.

L’approche LEAP de la TNFD couvre un champ plus large que ce qu’exige B Lab : elle évalue également les dépendances, les risques et les opportunités liés à la nature, ce qui peut s’avérer utile — en particulier lorsque des analyses similaires sont imposées par la législation. Cependant, les standards de B Lab se concentrent spécifiquement sur les impacts et leur gestion.

Voici les étapes recommandées, s’appuyant sur l’approche LEAP de la TNFD, pour évaluer les impacts des sites des entreprises sur la biodiversité.


Phase 1 : Localiser

Cartographiez les activités de l’entreprise et déterminez si ses installations se trouvent dans ou à proximité de zones écologiquement sensibles. L’entreprise peut définir le rayon permettant de déterminer ce qui constitue une « proximité d’une zone écologiquement sensible » et en expliquer la justification.

Pour GEC 1.5, prenez en compte tous les sites de fabrication et de production que l’entreprise possède, loue ou gère (notamment les exploitations agricoles). Vous pouvez exclure les bureaux qui ne sont pas impliqués dans la fabrication ou la production.


Que sont les « zones écologiquement sensibles » ? 

Il s’agit de zones présentant :

  • Une importance en termes de biodiversité : il s’agit, par exemple, des zones protégées par des moyens juridiques ou d’autres moyens efficaces, des zones scientifiquement reconnues pour leur importance en matière de biodiversité, ou des zones importantes pour les espèces menacées ; 
  • Une intégrité écologique élevée : l’intégrité écologique désigne la capacité à maintenir les espèces, la structure et les processus naturels d’un écosystème dans un état sain et naturel. Il s’agit de zones qui, par rapport au paysage environnant ou à l’échelle mondiale, offrent des opportunités significatives pour la préservation des atouts environnementaux ; 
  • Un déclin rapide de l’intégrité des écosystèmes : il peut exister des zones où l’intégrité des écosystèmes connaît un déclin rapide, ce qui signifie qu’elles sont exposées à des risques de points de basculement écologiques, 
  • Des risques physiques élevés liés à l’eau : ce point est également spécifiquement mentionné dans GEC 1.4 ;  
  • Une importance pour la fourniture de services écosystémiques aux populations autochtones et aux communautés locales : il s’agit, par exemple, des territoires conservés par les peuples et communautés autochtones, ou des zones présentant une importance bioculturelle pour les peuples autochtones et les communautés locales.


L’exemple ci-dessous illustre comment les caractéristiques d’un site et sa proximité avec des écosystèmes sensibles peuvent être combinées avec des outils accessibles au public pour éclairer l’évaluation des risques et la prise de décision.


Nom du site

Pays

Taille (ha)

Contexte géographique

Proximité d’une zone sensible

Saisie des données

Usine A

Brésil

18 ha

À proximité du biome de la forêt atlantique

À 5 km d’une zone clé pour la biodiversité et de terres importantes pour les peuples autochtones

Outil « Key Biodiversity Area » ;

Global Forest Watch ;

Water Risk Filter de la WWF ;

Registre local des sites du patrimoine culturel et des sites importants pour les peuples autochtones

Usine B

États-Unis

20 ha

Zone industrielle

Aucune zone sensible à proximité

Global Forest Watch ;

Biodiversity Risk et Water Risk Filter de la WWF

Usine C

Thaïlande

22 ha

À proximité du bassin hydrographique du Mékong

À 4 km d’une zone sensible en matière d’eau douce, en aval d’une zone humide inscrite à la Convention de Ramsar

Rapport d’une ONG sur l’évaluation des espèces vulnérables et menacées ;

Sites de la Convention de Ramsar ;

Biodiversity Risk et Water Risk Filter de la WWF ;

Indice d’intégrité de l’écorégion

Tableau 1 : Exemple de sites d’entreprise sélectionnés pour l’analyse.


Exemples d'outils :


Phase 2 : Évaluer

Identifier les impacts potentiels des sites de l’entreprise sur la nature : comment les opérations interagissent avec les écosystèmes, quelles ressources naturelles sont utilisées et comment elles sont exploitées.

L’évaluation peut s’appuyer sur des données de performance environnementale, des recherches internes et externes, des outils sectoriels, ainsi que sur le dialogue avec les parties prenantes, notamment les fournisseurs, les communautés locales, les ONG ou les agences gouvernementales. Il est rare de disposer de données parfaites dès le départ ; l’objectif est de privilégier la transparence plutôt que l’exhaustivité, en fournissant un point de départ sur lequel les entreprises pourront s’appuyer à mesure que de meilleures données deviendront accessibles.

Étape 1 : Identifier les pressions environnementales. Identifiez les pressions résultant des activités de l’entreprise : les intrants mesurables (par exemple, l’eau, la terre) et les produits quantifiables (par exemple, les émissions, les déchets) qui affectent la nature.

Étape 2 : Analyser les changements affectant les atouts environnementaux. Évaluer comment ces pressions entraînent des changements au niveau des atouts environnementaux — les composantes vivantes et non vivantes de la Terre, telles que l’eau douce, les écosystèmes, les minéraux et les systèmes atmosphériques. Par exemple, un prélèvement excessif d’eau peut réduire le débit des cours d’eau et dégrader les habitats aquatiques ; les émissions atmosphériques peuvent altérer la composition de l’atmosphère et contribuer aux pluies acides ; le défrichage détruit la structure des sols et provoque le déplacement d’espèces. Au cours de cette étape, les entreprises peuvent prendre en compte les facteurs directs de la perte de biodiversité : 

  • le changement d’affectation des terres et des mers (perte d’habitat), 

  • l’exploitation directe des organismes, 

  • le changement climatique, 

  • la pollution, 

  • les espèces envahissantes.


Outils : 


Le tableau suivant illustre comment les pressions générées par les activités industrielles entraînent des changements physiques au niveau des actifs naturels. Ces changements peuvent également altérer les services écosystémiques dont dépend la pérennité de l’activité.

Données relatives aux sites

Étape 1 : Identifier les pressions environnementales

Étape 2 : Analyser l’évolution de l’état de la nature (actifs)

Usine A 


Zone sensible : Oui (Forêt atlantique)

Pollution : émissions de PM2,5 (38 µg/m³) et de COV (120 µg/m³) enregistrées, au-delà des exigences légales (audit du 3e trimestre 2025).

Pression potentielle sur les espèces sensibles (insectes, oiseaux, amphibiens), baisse possible de l’activité des pollinisateurs à proximité du site (aucune donnée primaire disponible)

Usine B 


Zone sensible : Non

-

-

Usine C 


Zone sensible : Oui (bassin du Mékong)

Pollution (charge en nutriments) : concentrations de phosphate enregistrées à 3,4 mg/L dans les effluents. 


Exploitation des ressources : modifications hydrologiques dues au prélèvement et au rejet d’eau par le site.

Dégradation de la qualité de l’eau douce entraînant des proliférations d’algues localisées (eutrophisation) et la mortalité des poissons.

Tableau 2 : Analyse des impacts.


Phase 3 : Mesurer et hiérarchiser les impacts

Après avoir identifié les impacts sur la nature, la méthodologie exige une analyse plus détaillée de la gravité et de la probabilité de chaque impact, afin de pouvoir les hiérarchiser et les gérer efficacement. La proximité de zones écologiquement sensibles et les changements dans l’état de la biodiversité peuvent accroître la gravité et la probabilité d’un impact. Pour les impacts négatifs réels, la matérialité de l’impact est déterminée en fonction de la gravité de l’impact, tandis que pour les impacts négatifs potentiels, elle est déterminée en fonction de la gravité et de la probabilité de l’impact. La gravité doit l’emporter sur la probabilité, de sorte que les impacts très graves, même s’ils sont peu probables, soient tout de même considérés comme prioritaires.

Type d’impacts :

  • Impacts négatifs réels : il s’agit d’un phénomène qui se produit déjà (par exemple, votre usine consomme actuellement 100 m³ d’eau provenant d’une nappe phréatique épuisée). Ils sont classés par ordre de priorité uniquement en fonction de leur gravité.

  • Impacts négatifs potentiels : il s’agit d’un risque (par exemple, un déversement chimique éventuel à proximité d’une rivière). La priorité est établie en évaluant la gravité par rapport à la probabilité que cela se produise. 


Résultat attendu : le produit final doit être un relevé indiquant l’emplacement, la taille (en hectares) et les impacts classés par ordre de priorité des sites situés dans ou à proximité de zones écologiquement sensibles. Si l’entreprise détermine que son site se trouve à proximité d’une zone écologiquement sensible, elle doit expliquer les critères qu’elle a appliqués. La méthode utilisée par l’entreprise pour obtenir ce résultat revêt une importance égale à celle des preuves.


Après avoir évalué et hiérarchisé les impacts, l’entreprise est en mesure de les piloter et de définir des objectifs et des plans pour y remédier. Cette évaluation alimente l’analyse par l’entreprise des impacts environnementaux réels et potentiels au titre de GEC 1.7 et aide à définir les domaines à traiter dans sa stratégie environnementale.


Pourquoi est-ce important pour la certification B Corp ?

La conformité à la sous-exigence GEC 1.5 est essentielle pour démontrer sa gestion environnementale. Pour se conformer aux standards, les entreprises doivent aller au-delà des descriptions générales et tenir un registre des impacts sur la biodiversité comprenant :

  • Identification géospatiale (Phase 1) : une liste complète des sites (fabrication et production) situés au sein ou à proximité de zones écologiquement sensibles. Ce registre doit préciser les coordonnées GPS exactes et la taille (par exemple, en hectares) de l’empreinte de l’activité.

  • Analyse d’impact (Phase 2) : une identification détaillée des impacts négatifs, tant réels que potentiels, sur la biodiversité.

  • Hiérarchisation (Phase 3) : Preuve d’une évaluation dans laquelle les impacts sont classés par ordre de priorité en fonction de leur gravité (ampleur, périmètre et facilité de remédiation) et de leur probabilité (pour les impacts potentiels).


Ressources complémentaires


Note importante : les recommandations contenues dans cet article ne font pas partie des standards de B Lab et doivent être utilisées à titre informatif uniquement. Elles ne garantissent pas un résultat d’audit favorable. Toutes les décisions finales d’audit sont prises de manière indépendante par les organismes vérificateurs de B Lab. B Lab décline toute responsabilité quant aux actions, décisions ou omissions de ces prestataires indépendants.


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